Un surdoué peut-il être con(descendant) ?

 

Dans une discussion, on me rapporte des propos très condescendants sur les neuro-typiques émis par une personne à haut potentiel, auto-diagnostiquée me précise t-on (même si je ne suis pas sûre que cela fasse une différence), et l’on me dit, un peu choqué : « aucun haut potentiel ne dirait des choses pareilles n’est-ce pas? ».

Ma première réponse est « Si, c’est possible, pourquoi un surdoué ne serait-il pas condescendant et hautain ? »

Pour moi, il y a plusieurs degrés d’explications:

La première est que cette personne, sous pression de sa nécessité d’adaptation constante et de son décalage permanent à besoin de ventiler en critiquant, voire en insultant les autres pour se garder un peu de légitimité et d’estime de soi. Ce n’est pas classe, ce n’est pas très constructif mais ça arrive.

La deuxième est que cette personne peut souffrir d’un trouble de la personnalité (narcissisme, mégalomanie…) léger ou sévère qui fait en sorte qu’elle se sente supérieure au reste du monde. Cela peut arriver autant à un neuro-typique qu’à un atypique.

Être surdoué ne protège pas des maladies mentales.

Dans les deux cas, ce ne sont pas des comportements que je constate effectivement chez les surdoués que je fréquente régulièrement qui sont plutôt ouverts et curieux de comprendre les différences. Toutefois, un comportement hautain et condescendant n’est pas le signe (à lui seul) d’une absence de douance.

Je connais des doués imbus de leur supériorité intellectuelle, qui s’en vantent, qui en jouent et qui se moquent des autres. Les raisons de leur comportement leurs appartiennent mais cela ne change pas le diagnostic de douance.

 

Il ne peut pas être surdoué, il est égoïste, ne pense qu’à son intérêt et ne pense pas au collectif !

Encore une question que l’on m’a posée puisque j’explique que l’une des caractéristiques de douance est ce sens du « plus grand que soi », de l’engagement collectif, de l’impact plus large que juste sa petite personne…

C’est vrai. La plupart du temps. Mais il y a des surdoués qui, par ambition personnelle, par revanche, par nécessité, font passer leur intérêt personnel avant celui des autres et du groupe.

C’est une des choses que nous devrions répéter le plus souvent, en particulier pour rassurer les neuro-typiques sur nos intentions: avoir des aptitudes intellectuelles élevées (comme le dit le modèle de Renzulli) ne confère absolument pas des qualités morales élevées (et là encore, il faudrait que l’on s’accorde sur ce que sont des qualités morales élevées !)

Être surdoué ne fait pas de toi une meilleure personne.

Juste une personne surdouée.

 

Je suis empathique et ultra sensible DONC je suis surdoué.e

Là c’est plus sur les réseaux sociaux que l’on trouve ce genre de raccourcis.

« Vous avez remarqué que tous les surdoués sont tous hyper-sensibles du lobe de l’oreille droite ? Moi aussi je suis hyper-sensible du lobe de l’oreille droite. Tout s’explique ! Et vous ? »

Les caractéristiques généralement (et ce mot généralement est le plus important !) associées à la douance ne sont pas isolément un signe de haut potentiel. Une grande empathie, une hyper-sensibilité ne sont, à elles seules, révélatrices que… d’une grande empathie et d’une hyper-sensibilité. Désolée d’en décevoir certain.e.s.

Au risque de me répéter, l’identification se fait sur un faisceau d’indices concordants, quantitatifs ET qualitatifs. Ces indices peuvent être présents ou manquants mais c’est l’ensemble qui permet de poser un diagnostic.

En résumé, on ne peut pas décréter qu’une personne n’est pas à haut potentiel parce qu’elle ne montre aucun intérêt pour le collectif et on ne peut pas non plus dire à quelqu’un « tu es empathique DONC tu es surdoué.e ». Ces deux conclusions sont parfaitement fausses car on ne peut définir un surdoué sur la base d’un critère ou de l’absence d’un critère.

Puisqu’il est question d’identification, si j’ai une invitation à vous faire ce serait celle-là:

L’auto-évaluation est déjà une démarche personnelle assez complexe car l’on doit réconcilier la littérature sur le sujet et son propre vécu, faire attention aux biais de confirmation qui nous font choisir que ce qui nous arrange et aux biais négatifs de l’estime de soi. Gardez-vous de poser un diagnostic sur un de vos proches. Si vous voulez vraiment ouvrir le sujet, posez quelques questions ouvertes, sans induire de réponse, éventuellement parlez de votre expérience personnelle et prêtez lui un livre (un bon !). C’est tout !

La personne fera sa découverte et tirera ses conclusions. Et si elle est dans le déni de sa propre douance c’est qu’elle n’est pas encore prête à l’accepter. Laissez lui le temps de cheminer. La découverte de sa douance (ou son hypothèse déçue) peut être une chose difficile à vivre.

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