Mais pourquoi ne veut-il pas admettre qu’il est surdoué ?

Ce post m’est venu suite à un échange avec une de mes collègues. Elle me racontait ses discussions avec son neveu qui est manifestement à haut potentiel. Je n’en ai pas de preuve mais disons que, entré à l’université à 14 ans, post-doc à 25 ans, pré-embauché par Google… on peut supposer. Prenons donc ce jeune homme comme exemple aux fins de démonstrations.

Ma collègue le trouve évidemment brillant et dit de lui qu’il est surdoué. De son côté le jeune homme s’en défend : « Mais non je ne suis pas surdoué ! ». Et ma collègue de s’étonner de sa réaction et de cette curieuse humilité.

Alors pourquoi ne voudrait-il pas se reconnaître comme « surdoué » ?

Plusieurs raisons me viennent à l’esprit :

  1. Le surdoué n’est pas très bien vu socialement. Si vous dites que vous êtes marathonien on vous dit admiratif : « Oh wow, c’est cool! » puis on vous envie puis peut-être on s’essaie à la course pour suivre votre génial exemple. Si vous dites que vous êtes surdoué/THQI/haut potentiel/intelligent (choisissez votre terme compréhensible par tous), il se peut fort bien que l’on vous réponde : « Ah ! Et moi je suis la Reine d’Angleterre ! Mais pour qui tu te prends ? » Ce jeune homme comme la plupart des atypiques a appris à taire sa singularité et à faire profil bas pour ne pas être rejeté par ses pairs et ce, depuis tout petit. À noter que la différence entre un marathonien et un surdoué est que le marathonien donne l’impression que, avec des efforts, on peut nous aussi l’égaler. Mais quelle chance a un neurotypique d’égaler quelqu’un qui n’est tout simplement pas constitué comme lui ?
  2. Le surdoué ne se sent pas si doué. Il a en effet été confronté, par le fait même de ses différences, à une forme d’incompréhension réciproque avec ses pairs ou ses proches. « Ils ne me comprennent pas et clairement, je ne les comprends pas non plus. ». Il s’est donc constaté assez inadapté à son environnement et ça c’est quand il est indulgent envers lui-même. Certains de mes clients se disent bien sûr extra-terrestre (ce qui n’est ni pratique ni un compliment) ou même dysfonctionnels (ce qui est désastreux pour leur confiance en eux). Alors non, doués ils n’ont pas l’impression de l’être… a fortiori sur-doué !
  3. Le surdoué sait tout ce qu’il ne sait pas. Je vous en ai parlé plusieurs fois mais cette relation au savoir, à l’étendue de la connaissance universelle qu’a le surdoué grâce à son étonnante lucidité lui fait penser avec raison qu’il ne sait rien et que vraiment, il n’y a pas de quoi se vanter. (voir les articles sur le complexe de l’imposteur)

Pour ces quelques raisons et sûrement bien d’autres, il est bien possible d’un.e doué.e nie cette différence, tout du moins officiellement. Si vous connaissez quelqu’un dans ce cas, vous pouvez néanmoins lui suggérer qu’il est parfaitement correct de ne pas en faire étalage publiquement mais que, comprendre ses différences et les modes de fonctionnement typiques/atypiques ne pourraient que l’aider à mieux vivre ces écarts.

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