Atypiques : parler ou se taire?

(Avertissement : ce post n’est pas un post politique)

J’aurais pu vous raconter l’histoire d’une personne fictive, agrégat de caractéristiques de plusieurs de mes clients mais l’actualité m’a fourni matière à réflexion.

Il y a quelques jours, en France, un atypique*, un député « issu de la société civile » comme on dit, nouvellement connu de ses concitoyens, Cédric Villani a annoncé sa candidature pour la fonction de maire de Paris.

Vous trouverez ci-dessous la vidéo officielle et le traitement qui en a été fait dans une émission de grande écoute.

Mon point ici n’est pas de défendre l’homme et ses idées (que je ne connais pas) mais de montrer ce qu’il se passe dans la vie d’un atypique si d’aventure il lui prend d’avoir envie de prendre part à une discussion.

Je ne peux cependant cesser de m’étonner que tout le monde veuille du changement mais que (presque) personne ne soit prêt à entendre un message différent ou énoncé différemment de d’habitude… fin de la parenthèse.

Certains hauts potentiels ont la capacité de s’adapter à leur environnement et par mimétisme de s’y fondre plus facilement que d’autres.

Ceux qui sont plus différents, à la fois dans leurs comportements, leur façon de penser, leurs croyances (croyance est ici à prendre au sens psychologique du terme et non pas religieux) font très tôt dans leur vie la douloureuse expérience de l’expression.

 

Voici ce que vous pouvez observer si d’aventure il ou elle se risque à poser sa voix :

– un discours hésitant: le doute est omniprésent ; est-ce que j’ai les bonnes informations pour parler de ce sujet ? Suis-je bien informé.e ? Ne pourrait-on pas défendre la thèse contraire ? Et si on me questionne sur un sujet que je ne maîtrise pas ?

– un discours incohérent s’il n’a pas été scripté (et parfois même s’il l’a été) : il y a tant d’idées, tant de pistes et leur contraire ! Pourquoi en énoncer seulement une ?

– un ton saccadé, des expressions ampoulées, de la grandiloquence : on dirait qu’il surjoue ? Peut-être, pour se donner une contenance est-il ou est-elle un peu trop théâtral mais c’est aussi le signe de son engagement entier et inconditionnel.

– un non-verbal confus : l’atypique se sent scruté, comme il l’a toujours été dans sa vie, puisqu’il paraît « bizarre ». Le mot atypique est très bien adapté dans ce cas. Il est donc mal à l’aise et gauche et ne semble pas « en contrôle ».

Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg car ce que vous ne voyez pas, tout occupé que vous êtes à sourire de la forme, c’est la profondeur du fond. C’est la multitude d’idées qui fourmillent en lui, la quantité d’information qu’il a patiemment collectées et analysées, les liens qu’il a établi avec d’autres disciplines.

Vous pensez qu’il n’est pas préparé. Il l’est plus que n’importe qui d’autre.

Et c’est avec une énergie incroyable que cette personne se mettra au service d’une cause, d’une mission, d’un objectif, pour peu que vous lui donniez un peu de temps pour se rassurer et faire valoir ses idées. Elles seront nouvelles, innovantes, dérangeantes même parfois mais si nous voulons que « ça change », ce sont ces idées que nous avons besoin de considérer.

La plupart des gens qui pensent de façon trop différente ont pris l’habitude de se taire pour éviter les moqueries. C’est bien dommage car nous perdons ainsi le bénéfice de pensées divergentes et rafraîchissantes.

Et si on prenait au moins le temps de les écouter?

* Cédric Villani est un haut potentiel notoire, médaillé Fields (équivalent du prix Nobel de mathématiques), entre autres distinctions dans son champ d’expertise.

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